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SOLEIL VERT

« Soleil vert » ou les débuts de la 

conscience écologique sur grand écran

 

En 1973, le film de Richard Fleischer, avec Charlton Heston, décrivait un monde suffocant et apocalyptique. Un plaidoyer écologique qui a, depuis, fait de nombreux émules à Hollywood.

Par  Publié le 21 décembre 2018 à 14h32

 

Charlton Heston, ici dans l’usine qui fabrique le « soleil vert », seule nourriture disponible. EVERETT COLLECTION / ABACA

Quand Soleil vert de Richard Fleischer, arrive sur les écrans en avril 1973, le spectateur américain a depuis longtemps appris à vivre avec la fin du monde. Dix ans plus tôt, en pleine guerre froide, il redoutait un désastre nucléaire. Puis de nouvelles menaces, étrangères à la géopolitique, étaient apparues : singes belliqueux asservissant la race humaine dans La Planète des singes (1968), de Franklin Schaffner, virus mortel dans Le Mystère Andromède (1971), de Robert Wise, insectes à l’intelligence supérieure dans Phase IV (1975), de Saul Bass…

Une catastrophe due à l’homme

Il aura donc fallu attendre le début des années 1970 pour qu’un film n’évoque pas une menace exogène, mais une catastrophe climatique et environnementale, dont l’homme est le seul responsable. Ce qui est aujourd’hui central dans le cinéma du XXIe siècle – du 2012 (2009), de Roland Emmerich, à Snowpiercer, le Transperceneige (2013), de Bong Joon-ho, en passant par le récent Downsizing (2017), d’Alexander Payne – est alors inédit.

Lire aussi : « Downsizing », la fin du monde vue d’en bas

Le film de Richard Fleischer se déroule en 2022 à New York, devenue une mégalopole de 44 millions d’habitants. Ses résidents, à l’exception des plus nantis, vivent dans des décharges ou dorment dans les escaliers d’immeubles délabrés. Règne en permanence une température d’au moins 33 °C. L’eau courante est une denrée rare. La végétation a presque disparu. La plupart des habitants ont accès à une unique nourriture, livrée un seul jour de la semaine : le soleil vert, un aliment en forme de tablette fabriquée à partir de plancton.

Dans un New York surpeuplé, les habitants se battent pour le « soleil vert », aliment unique distribué une fois par semaine.
Dans un New York surpeuplé, les habitants se battent pour le « soleil vert », aliment unique distribué une fois par semaine. ARCHIVES DU 7E ART / MGM / PHOTO12

Comme l’explique, au début du film, Sol Roth, un bibliothécaire incarné par Edward G. Robinson, au flic Thorn, interprété par Charlton Heston : « Quand j’étais gosse, la nourriture, c’était de la bouffe. Là-dessus, nos magiciens de la science ont empoisonné l’eau, pollué le sol, détruit les plantes et la vie animale. De mon temps, on trouvait de la viande n’importe où. On achetait des œufs, du vrai beurre. On trouvait de la laitue fraîche à gogo ! » Et Sol Roth de poursuivre : « Est-ce que quelqu’un peut vivre dans un climat comme celui-là ? La canicule d’un bout de l’année à l’autre, on se croirait dans un four, on crève à force de transpirer. »

L’impact de « Soleil vert » tient surtout à la présence de la star Charlton Heston, qui symbolise à sa manière la conscience morale américaine.

Soleil vert est l’adaptation du roman éponyme de Harry Harrison, publié en 1966, qui se penche sur la question de la surpopulation. Richard Fleischer place le problème démographique aux marges de son film. Chez lui, la catastrophe est moins malthusienne qu’écologique. Il suffit de regarder l’extraordinaire générique de Soleil vert pour comprendre où veut nous mener le réalisateur de 20 000 lieues sous les mers et du Voyage fantastique : plusieurs photographies défilent rapidement – l’Amérique des Pères fondateurs, une nature resplendissante puis, soudain, le rythme des visuels se ralentit alors que s’impose la révolution industrielle. Ce ne sont alors plus que des décharges et des bidonvilles. Le mythique espace américain, qui semblait infini, s’est soudain fermé.

 

En 1970, la première Journée de la Terre

Si le film se penche autant sur la question de l’environnement, c’est que Fleischer l’avait préparé avec l’aide de Frank R. Bowerman, alors président de l’Académie américaine pour la protection de l’environnement. Hors des écrans, l’époque était aux frémissements de la prise de conscience écologique. En 1970 avait eu lieu la Journée de la Terre, première manifestation environnementale d’envergure aux états-Unis, sous l’impulsion du sénateur du Wisconsin Gaylord Nelson.

Mais, à sa sortie, l’impact de Soleil vert tient surtout à la présence de la star Charlton Heston. Bien avant de devenir l’étendard de la NRA, le lobby américain des armes à feu, l’acteur a incarné Moïse dans Les Dix Commandements et s’est impliqué en faveur du mouvement des droits civiques. Il symbolise à sa manière la conscience morale américaine. Le voir brandir le poing, à la manière des Black Panthers, pour révéler, dans le dénouement final, que le soleil vert est fabriqué à partir d’humains et non de plancton, depuis longtemps disparu avec la pollution des mers, prend une résonance particulière. Comme si à la lutte des minorités pour leur émancipation devait succéder un combat encore plus crucial : celui pour la survie de notre espèce.



13/04/2020

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